Ce n’est pas le projet initial qui verra le jour, mais une version ajustée sous contrainte politique et citoyenne. À Montréal, l’administration dirigée par Valérie Plante, via l’équipe de la mairesse d’arrondissement Chantal Gagnon, a finalement revu le tracé de la future piste cyclable sur la rue Hochelaga, mettant en lumière une réalité désormais centrale dans les grands chantiers urbains : l’acceptabilité sociale prime sur la planification technique.
Initialement pensée pour s’étendre jusqu’à l’autoroute 25, l’infrastructure s’arrêtera finalement à la rue Louis-Veuillot. Ce point de rupture n’est pas anodin : il permet une connexion avec le réseau express vélo (REV) Souligny, tout en évitant de prolonger un tronçon qui suscitait des inquiétudes locales, notamment sur la circulation et le stationnement.
Le signal envoyé par la Ville est clair. La consultation publique organisée début avril, qui a réuni 548 participants, a pesé directement sur la décision finale. Plus de 82 % des répondants ont appuyé l’option consistant à maintenir le tracé sur Hochelaga, mais dans une version plus progressive et mieux intégrée. À l’inverse, les scénarios alternatifs, notamment via la rue de Rouen ou le boisé Steinberg, n’ont convaincu qu’une minorité.
Sur le terrain, le projet se traduira par des pistes unidirectionnelles de chaque côté de la rue, avec un maillage pensé pour relier efficacement les axes existants. L’enjeu dépasse la simple mobilité douce : il s’agit de connecter les infrastructures sans créer de redondance, d’où l’abandon du segment entre Lacordaire et l’autoroute 25, jugé inutile face à la proximité du corridor Souligny.
Le calendrier, lui aussi, reflète cette approche pragmatique. Les travaux majeurs ne débuteront qu’à partir de 2027 pour certains tronçons, afin de coïncider avec des interventions déjà planifiées par Hydro-Québec. Une coordination qui vise à limiter les perturbations, mais qui repousse aussi la concrétisation complète du projet.
Au-delà de l’aménagement lui-même, cette séquence illustre un changement de méthode. L’administration municipale revendique désormais une posture d’ajustement continu, quitte à revoir ses plans en cours de route. Entre attentes des cyclistes, préoccupations des riverains et impératifs techniques, le compromis devient la norme.
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