Le groupe OCP consolide ses approvisionnements vers l’Inde avec un nouvel accord portant sur 600 000 tonnes d’engrais phosphatés, à expédier entre août et novembre 2026. Le volume comprend 350 000 tonnes de DAP et 250 000 tonnes de TSP, dans un marché indien où les importateurs cherchent à sécuriser leurs stocks avant la prochaine campagne agricole.
Plusieurs acteurs majeurs du secteur indien sont concernés, notamment Indian Potash Limited, Paradeep Phosphates, Rashtriya Chemicals and Fertilizers, Hindustan Urvarak & Rasayan et Fertilisers and Chemicals Travancore. La répartition précise des 600 000 tonnes entre ces entreprises n’a toutefois pas été communiquée.
L’opération intervient alors que le marché indien du DAP reste particulièrement élevé. Au 3 septembre, les prix se situaient autour de 915 à 920 dollars la tonne CFR Inde. À titre indicatif, si les 350 000 tonnes de DAP étaient valorisées sur cette base, leur valeur théorique atteindrait entre 320,25 et 322 millions de dollars. Ce calcul ne constitue cependant pas la valeur contractuelle, les prix étant liés aux références du marché et les livraisons étant étalées sur plusieurs mois.
Cette nouvelle commande intervient après plusieurs opérations réalisées durant l’été. En juin, un importateur indien avait notamment acheté au Maroc 100 000 tonnes de DAP et 100 000 tonnes de TSP. Le DAP avait alors atteint 935 dollars la tonne CFR sur la côte orientale et 930 dollars sur la côte occidentale, tandis que le TSP était négocié à 710 dollars.
La multiplication des achats reflète surtout la volonté de New Delhi de préparer la campagne agricole rabi, traditionnellement concentrée entre octobre et mars. Les importateurs cherchent ainsi à éviter les tensions d’approvisionnement dans un marché où les engrais phosphatés jouent un rôle important dans la préparation des cultures.
L’Inde continue parallèlement de lancer ses propres appels d’offres. FACT avait ainsi recherché 50 000 tonnes de DAP en août, avec des livraisons prévues à New Mangalore ou Tuticorin. Parmi les offres reçues figurait une proposition portant sur du DAP d’origine marocaine.
La dépendance du marché indien aux importations explique cette stratégie. Pour la campagne kharif 2026, les besoins en DAP avaient été évalués à 2,964 millions de tonnes au 14 juillet, tandis que les disponibilités atteignaient 3,775 millions de tonnes et la consommation 2,139 millions.
Le dispositif de soutien public ajoute une dimension stratégique à ces achats. Le gouvernement indien maintient le prix du DAP à 1 350 roupies le sac de 50 kg et celui du TSP à 1 300 roupies, ce qui permet de contenir l’impact des fluctuations internationales sur les agriculteurs, mais augmente parallèlement l’exposition des finances publiques lorsque les prix d’importation progressent.
Pour le Maroc, l’enjeu dépasse toutefois cette seule commande. Les entreprises indiennes avaient déjà sécurisé 2,5 millions de tonnes de DAP et de TSP marocains au titre de l’exercice 2025-2026. D’autres fournisseurs ont également été mobilisés, notamment l’Arabie saoudite avec 3,1 millions de tonnes de DAP et la Russie avec 3,01 millions de tonnes de DAP et de NPK.
Les 600 000 tonnes annoncées représentent donc 24 % des 2,5 millions de tonnes d’engrais marocains déjà mentionnées par les autorités indiennes. Il serait toutefois prématuré de présenter ces volumes comme 3,1 millions de tonnes distinctes : les informations disponibles ne permettent pas de déterminer si le nouvel accord constitue une tranche supplémentaire ou une exécution du dispositif déjà sécurisé.
Cette proximité commerciale entre Rabat et New Delhi s’est encore renforcée fin août. Lors de la visite au Maroc du ministre d’État indien chargé du Commerce et de l’Industrie, Jitin Prasada, les engrais ont figuré parmi les secteurs prioritaires de la coopération économique. Le responsable indien s’est notamment rendu à Jorf Lasfar, sur le site d’India Maroc Phosphore (IMACID), la coentreprise associant OCP à des partenaires indiens.
Le partenariat entre les deux pays s’est progressivement transformé, passant de l’approvisionnement en matières premières phosphatées à une coopération plus étendue autour des engrais finis. Cette évolution place désormais le Maroc parmi les fournisseurs structurants sur lesquels l’Inde s’appuie pour sécuriser durablement ses approvisionnements phosphatés.




