Le Maroc s’est hissé en mai au premier rang des destinations de l’ammoniac exporté par la Chine. Selon les données de l’administration générale des douanes chinoises, 51 050 tonnes ont été livrées au Royaume sur un total de 185 000 tonnes exportées durant le mois.
Le volume destiné au Maroc a progressé de 163,36 % sur un mois. L’Australie arrive derrière avec 34 344 tonnes, suivie de l’Afrique du Sud avec 24 997 tonnes et de l’Inde avec 24 683 tonnes.
Cette progression intervient alors que le marché mondial des engrais connaît de fortes tensions. Les perturbations des échanges dans la région du Moyen-Orient et les difficultés rencontrées par plusieurs producteurs européens ont réduit la disponibilité de certains produits azotés.
Les prix ont également évolué rapidement. Les cargaisons destinées à plusieurs marchés africains et océaniens se sont négociées à plus de 570 dollars la tonne. Cette situation renforce l’intérêt des producteurs disposant de coûts de production relativement faibles.
La Chine occupe une place croissante dans cette réorganisation du marché. Sur les cinq premiers mois de 2026, ses exportations d’engrais, toutes catégories confondues, ont atteint 14,36 millions de tonnes. Elles progressent de 11,9 % sur un an.
La valeur de ces exportations a toutefois augmenté beaucoup plus rapidement, atteignant 3,347 milliards de dollars, soit une hausse de 23,4 %. Cette différence traduit notamment une augmentation de la valeur moyenne des produits expédiés.
Le sulfate d’ammonium représente la principale composante des exportations chinoises. Les volumes ont atteint 8,37 millions de tonnes sur les cinq premiers mois, en hausse de 20 % sur un an.
L’urée connaît également une forte progression. Avec environ 500 000 tonnes exportées, elle affiche une hausse spectaculaire de 4 415,3 %. Cette progression doit cependant être relativisée, car elle intervient après des volumes particulièrement faibles durant la période de comparaison.
Le phosphate diammonique évolue dans la direction opposée. Les exportations chinoises sont tombées à environ 20 000 tonnes, soit une baisse de 79,6 %. Pékin cherche notamment à préserver l’approvisionnement du marché intérieur et à maintenir la stabilité des prix des produits phosphatés.
Cette différence entre les produits illustre le changement de configuration du marché mondial des engrais. Les tensions sur l’approvisionnement en gaz naturel continuent de peser sur les producteurs européens d’ammoniac, tandis que les perturbations du commerce maritime ont accentué les incertitudes.
La production chinoise d’urée bénéficie notamment de l’accès au charbon comme source d’énergie. Elle permet aux industriels chinois de conserver une capacité d’exportation alors que certaines unités concurrentes fonctionnent à un rythme réduit.
Cette dynamique pourrait toutefois être freinée par le renforcement des contrôles chinois. Depuis le 16 juillet, les engrais, dont le sulfate d’ammonium, sont soumis à un contrôle obligatoire avant leur expédition à l’étranger.
La demande africaine constitue également un moteur important du commerce international des engrais. De nombreux pays d’Afrique subsaharienne restent fortement dépendants des importations pour couvrir leurs besoins agricoles.
Cette dépendance intervient alors que les agriculteurs doivent composer avec une hausse des coûts des intrants. Les variations des prix internationaux peuvent ainsi avoir un impact direct sur les coûts de production et, à terme, sur les prix alimentaires.
Le mouvement dépasse désormais le simple commerce de produits finis. Des entreprises chinoises renforcent leur présence directement dans les ressources minières et les capacités industrielles africaines.
Au Congo-Brazzaville, Yuntu Holdings et Zangge Mining ont ainsi acquis 92 % d’un permis de potasse pour 171 millions de dollars. Le gisement concerné représenterait près de 1,99 milliard de tonnes de chlorure de potassium.
La Chine développe également ses capacités industrielles sur le continent. En Zambie, Wuhuan Engineering, filiale de China National Chemical Engineering, a mis en service une usine d’urée d’une capacité annuelle de 300 000 tonnes.
En Égypte, Sichuan Jinnuo a de son côté engagé la construction d’un complexe consacré à la chimie phosphatée.
Pour le Maroc, premier débouché des exportations chinoises d’ammoniac en mai, cette évolution intervient dans un secteur stratégique pour l’agriculture et l’industrie des engrais. Elle illustre aussi la recomposition des flux internationaux de matières premières et d’intrants agricoles, dans laquelle l’Afrique occupe une place croissante.




