L’intelligence artificielle transforme rapidement les méthodes de travail au Canada. Mais cette évolution suscite aussi une inquiétude chez les salariés. Selon une nouvelle étude de l’IBM Institute for Business Value, 62 % des employés canadiens interrogés craignent que l’IA entraîne une érosion de leurs compétences.
La pensée critique figure parmi les compétences les plus exposées. Les salariés comme les responsables des ressources humaines lui accordent pourtant une importance croissante. Elle est citée par 54 % des employés et 55 % des DRH comme une capacité essentielle dans un environnement professionnel marqué par l’IA.
L’étude révèle toutefois un écart entre les attentes des entreprises et celles des salariés. Au Canada, 68 % des DRH considèrent que la capacité à superviser, valider ou remplacer les résultats produits par l’IA constitue une compétence majeure. Cette priorité est moins présente chez les employés, dont seulement 29 % accordent une importance particulière au jugement.
La question de la responsabilité devient également centrale. Près de quatre salariés canadiens sur dix indiquent qu’ils sont tenus responsables lorsqu’un problème survient avec un système d’IA. De leur côté, 32 % des DRH reconnaissent qu’une répartition insuffisamment claire des responsabilités complique le déploiement de ces technologies.
L’arrivée de l’IA ne signifie pas non plus une disparition automatique du travail humain. Elle crée au contraire de nouvelles tâches. Validation des résultats, correction des erreurs, ajout de contexte ou gestion des exceptions font partie de ce travail supplémentaire.
Ainsi, 87 % des DRH canadiens estiment que l’IA génère une forme de travail « invisible ». Plus de la moitié des employés interrogés, soit 51 %, déclarent également que l’IA augmente leur charge de travail ou que les tâches supplémentaires qu’elle entraîne ne sont pas suffisamment reconnues.
L’adoption de l’IA reste par ailleurs limitée dans les services de ressources humaines. Selon l’étude, 63 % des organisations canadiennes utilisent encore peu ou pas l’intelligence artificielle dans cette fonction.
Les compétences internes constituent également un point de tension. Les DRH évaluent notamment à 23 % la maîtrise de l’IA au sein de leurs équipes. La mesure de la performance des outils d’IA atteint 20 %, tandis que la gestion du changement lié à leur adoption est évaluée à 24 %.
Pour les entreprises, le défi ne consiste donc plus uniquement à introduire de nouveaux outils. Il s’agit aussi de déterminer quelles décisions doivent rester sous contrôle humain et lesquelles peuvent être confiées à l’IA.
L’étude montre d’ailleurs que la confiance des salariés dépend largement de cette organisation. À l’échelle mondiale, lorsque le jugement humain est clairement intégré aux processus utilisant l’IA, 62 % des DRH constatent une hausse de la confiance des employés dans les décisions assistées par ces technologies.
L’enquête a été réalisée entre avril et juin 2026 auprès de 1 500 DRH et cadres supérieurs dans 21 régions et 23 secteurs. Un second sondage a porté sur 8 800 salariés à temps plein dans 28 pays, dont 452 employés canadiens.
À mesure que l’IA s’installe dans les entreprises, la capacité à analyser, vérifier et remettre en question ses résultats pourrait ainsi prendre une place croissante dans les métiers. Pour les ressources humaines, l’enjeu est également de faire évoluer les compétences sans laisser les nouvelles tâches liées à l’IA rester invisibles.




