La connexion à Internet ne garantit plus, à elle seule, l’inclusion numérique. À l’heure où l’intelligence artificielle s’installe progressivement dans les usages quotidiens, le manque de compétences devient un nouvel obstacle pour des milliards de personnes à travers le monde.
Un rapport réalisé par GSMA Intelligence en collaboration avec Huawei estime que 38 % de la population mondiale reste encore hors ligne alors même qu’elle bénéficie d’une couverture haut débit mobile. Au total, quelque 3,1 milliards de personnes seraient concernées par une fracture numérique liée notamment au manque de compétences, de confiance et de maîtrise des outils d’intelligence artificielle.
L’enjeu est désormais aussi économique. Selon les projections citées dans l’étude, une réduction de ce déficit de compétences pourrait contribuer à générer environ 3.500 milliards de dollars supplémentaires de PIB mondial d’ici 2030. Plus de 90 % de ces gains bénéficieraient aux pays à revenu faible et intermédiaire. Cette perspective intervient alors que la couverture physique du haut débit mobile atteint déjà 96 % de la population mondiale.
L’essor de l’IA pourrait justement contribuer à réduire certains obstacles. Les assistants vocaux et les applications capables de traiter directement des images, des fichiers audio ou des vidéos peuvent faciliter l’accès aux services numériques pour les personnes peu à l’aise avec l’écrit ou la saisie de texte.
Mais cette évolution crée aussi de nouvelles vulnérabilités. Les utilisateurs doivent désormais être capables de comprendre les enjeux liés à la protection des données, de repérer les tentatives de fraude et de distinguer les contenus authentiques des deepfakes. Sans formation adaptée, la diffusion rapide de l’IA pourrait ainsi renforcer certaines inégalités au lieu de les réduire.
La question des compétences devient également un facteur de compétitivité sur le marché du travail. Le rapport cite des données de la Banque mondiale selon lesquelles la maîtrise de l’IA générative figure parmi les compétences les plus valorisées, avec des écarts salariaux pouvant atteindre 36 %.
Pour atteindre les populations les plus exposées, notamment dans les zones rurales et isolées, les auteurs du rapport mettent en avant des dispositifs de formation directement implantés au sein des communautés. Les salles de classe mobiles DigiTruck, alimentées à l’énergie solaire, sont notamment présentées comme un moyen d’apporter équipements, connectivité et formation pratique jusque dans les territoires insuffisamment desservis.
Depuis 2019, les programmes « Skills on Wheels » ont permis de former plus de 130.000 personnes dans 21 pays. L’impact ne se limite pas aux participants directs : une étude consacrée au programme DigiTruck au Kenya indique que 79 % des personnes interrogées avaient ensuite transmis leurs nouvelles compétences numériques à des proches ou à leurs pairs.
Le rapport appelle ainsi les pouvoirs publics, les opérateurs télécoms et les entreprises technologiques à considérer la culture de l’IA comme une compétence de base. Parmi les pistes avancées figurent l’apprentissage pratique de l’IA et de la sécurité en ligne, le développement d’interfaces vocales multilingues dans les services publics et la multiplication des unités mobiles de formation.
La transformation numérique entre donc dans une nouvelle phase : après avoir cherché à connecter les populations, l’enjeu consiste désormais à leur donner les moyens d’utiliser ces technologies de façon autonome, sûre et efficace.




