Le développement de l’industrie des batteries au Maroc impose désormais de nouvelles exigences en matière de collecte, de recyclage et de traçabilité. L’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI) travaille à la mise en place d’un cadre national destiné à structurer cette filière et à accompagner la montée en puissance des investissements industriels.
Cette initiative intervient alors que le Royaume attire de nouveaux acteurs internationaux dans les matériaux destinés aux batteries électriques. Les projets portés notamment par les groupes chinois Gotion High-Tech et BTR renforcent les ambitions marocaines dans cette industrie stratégique.
Le pays dispose déjà d’une infrastructure industrielle importante dans ce domaine. Un complexe de traitement de la masse noire, matière issue du recyclage des batteries et contenant des métaux valorisables, est entré en service en 2025. Sa capacité installée atteint 30 000 tonnes par an. Ce volume correspond toutefois à une capacité théorique de traitement et non aux quantités effectivement recyclées.
Le principal défi reste l’approvisionnement. Les batteries lithium-ion arrivant actuellement en fin de vie au Maroc sont encore peu nombreuses. Les industriels utilisent principalement les rebuts issus des processus de fabrication. La situation devrait évoluer avec la multiplication des véhicules électriques et le développement des installations de stockage d’énergie renouvelable.
L’étude menée par l’ONUDI révèle également des lacunes importantes dans l’organisation de la chaîne de recyclage. Aucun opérateur formel spécialisé dans la collecte et le regroupement des batteries lithium-ion n’a été identifié. Le pays manque aussi de structures capables d’évaluer leur état de santé selon des normes reconnues et de déterminer leur potentiel de réutilisation.
La question du transport et du stockage constitue un autre enjeu. Les batteries endommagées ou mal manipulées présentent des risques d’incendie et d’emballement thermique. Leur circulation nécessite donc des procédures spécifiques, une surveillance adaptée et une traçabilité tout au long de leur cycle de vie.
L’enjeu dépasse toutefois la seule gestion des déchets. L’industrie automobile marocaine, largement connectée aux marchés internationaux, doit anticiper le durcissement des exigences environnementales européennes.
Sur les 43 entreprises interrogées par l’ONUDI, 77 % disposent de capitaux internationaux. Parmi les 41 sociétés ayant précisé leurs débouchés commerciaux, 28 travaillent principalement pour l’exportation.
Le règlement européen sur les batteries prévoit notamment l’introduction d’un passeport numérique à partir du 18 février 2027 pour certaines catégories d’accumulateurs. Ce dispositif doit permettre de suivre leur composition, leur empreinte carbone, les matières premières utilisées et leur contenu recyclé.
Pour les équipementiers installés au Maroc, ces obligations représentent un enjeu de compétitivité. La capacité à documenter l’origine des matériaux et à démontrer leur conformité environnementale pourrait devenir un critère déterminant pour accéder aux chaînes d’approvisionnement européennes.
Les pratiques industrielles actuelles montrent néanmoins une marge de progression importante. Parmi les entreprises sondées, 93 % confient leurs déchets à des prestataires agréés. En revanche, seules 24 % déclarent intégrer des matières recyclées dans leur production. Trente et une entreprises sur 41 utilisent exclusivement des matières premières vierges.
L’ONUDI recommande ainsi de mettre en place un système de responsabilité élargie des producteurs. Les fabricants, importateurs, distributeurs, collecteurs et recycleurs pourraient être associés à un dispositif commun de financement et de suivi des batteries, depuis leur commercialisation jusqu’à leur recyclage.
Un autre axe concerne la seconde vie des batteries. Certains accumulateurs retirés des véhicules électriques peuvent encore servir dans des installations de stockage stationnaire, à condition de répondre à des critères stricts de sécurité et de performance. L’organisation préconise de travailler avec l’Institut marocain de normalisation (Imanor) pour définir des protocoles de diagnostic et de certification.
La viabilité économique de cette nouvelle activité reste cependant à établir. Des études doivent encore préciser les volumes disponibles, les coûts de traitement, les équipements nécessaires et les débouchés pour les métaux récupérés. Des partenariats entre recycleurs et fabricants de matériaux pourraient sécuriser les approvisionnements et les ventes.
Au-delà des batteries lithium-ion, l’ONUDI a également identifié des opportunités dans les déchets textiles automobiles, les faisceaux de câblage et les batteries au plomb. Certains industriels produisent entre 450 et 1 500 tonnes de chutes de polyester par an. Un fabricant de câblages a, de son côté, déclaré générer plus de 1 100 tonnes de déchets de cuivre annuellement.
Ces travaux s’inscrivent dans le programme Green Forward Industry, financé par l’Union européenne entre juillet 2024 et juin 2028 dans plusieurs pays du sud de la Méditerranée. Au Maroc, des projets pilotes industriels destinés notamment aux petites et moyennes entreprises ont été programmés pour le second semestre 2026.




