Le groupe canadien Falcon Energy Materials renforce ses positions dans la chaîne mondiale des matériaux pour batteries. La société vient de conclure un accord de 22 millions de dollars pour acquérir 49 % du capital de Weihai Hensen New Materials Technology, un industriel chinois spécialisé dans le graphite destiné aux batteries électriques.
Cette opération représente un investissement d’environ 216 millions de dirhams. Elle constitue surtout une étape stratégique pour le projet industriel que Falcon prépare à Jorf Lasfar, dans la province d’El Jadida. L’objectif est de s’appuyer sur une unité chinoise déjà opérationnelle pour accélérer le développement de son futur complexe marocain.
Située dans la province du Shandong, Weihai Hensen dispose d’une capacité annuelle de production de 25.000 tonnes de graphite sphéronisé, purifié et enrobé. Ces matériaux sont utilisés dans la fabrication des anodes des batteries lithium-ion, notamment celles destinées aux véhicules électriques.
L’usine a démarré sa production commerciale au second semestre 2025. Falcon la présente comme une installation rentable, bénéficiant de contrats à long terme avec plusieurs fabricants chinois de matériaux pour batteries. Le site dispose de plusieurs étapes de transformation intégrées, depuis la sphéronisation jusqu’à la purification et l’enrobage du graphite.
Avec cette prise de participation, le groupe canadien obtient un siège sur les trois que compte le conseil d’administration. Il bénéficie également de droits de veto sur plusieurs décisions stratégiques, notamment les budgets, les investissements importants, les emprunts et les opérations de fusion-acquisition. Le partenaire chinois conserve toutefois 51 % du capital et la gestion quotidienne de l’entreprise.
Pour Falcon, l’intérêt de cette acquisition dépasse la seule participation financière. L’usine chinoise doit servir de référence technologique et industrielle au projet de Jorf Lasfar. Un accord technique conclu en septembre 2024 avait déjà permis aux partenaires de retenir ce site comme modèle pour concevoir les procédés, les équipements et la chaîne d’approvisionnement du futur complexe marocain.
Le projet prévoit une installation d’environ cinq hectares, capable de produire annuellement 26.000 tonnes de graphite sphérique purifié et enrobé, ainsi que 19.000 tonnes de fines. L’investissement initial est estimé à 86 millions de dollars, soit près de 845 millions de dirhams.
Le calendrier industriel communiqué par Falcon prévoit une première production au second semestre 2027. Le groupe a également inauguré en juillet 2026 une unité pilote près de Casablanca. Celle-ci doit permettre de produire des échantillons destinés aux constructeurs automobiles et aux fabricants de batteries, tout en préparant la formation des futurs salariés.
Le financement reste néanmoins un enjeu important. En septembre dernier, Falcon a levé 34,24 millions de dollars canadiens sur les marchés financiers. Une partie majeure de ces ressources doit financer l’acquisition chinoise, dont le montant représente environ 90,6 % du produit brut de cette levée, sur la base des taux de change indiqués.
Parallèlement, l’entreprise dispose d’un projet de financement de 70 millions de dollars, comprenant 65 millions de financement sans émission d’actions et cinq millions destinés à soutenir une éventuelle augmentation de capital. Cette enveloppe reste conditionnée à plusieurs étapes, notamment la conclusion de contrats d’achat de la production et la finalisation des accords financiers et réglementaires.
L’écart entre cette enveloppe et le budget initial de Jorf Lasfar atteint déjà 16 millions de dollars, sans compter les besoins en fonds de roulement. L’étude technique estime par ailleurs le coût réel du projet dans une fourchette comprise entre 73,1 et 103,2 millions de dollars.
L’implantation envisagée à Jorf Lasfar pourrait permettre au Maroc de renforcer sa présence dans une industrie stratégique pour la mobilité électrique. Le développement d’une filière locale de transformation du graphite offrirait également de nouvelles perspectives industrielles, à condition de concrétiser les investissements, de sécuriser les financements et de conclure les contrats commerciaux nécessaires.
À travers cette opération en Chine, Falcon cherche ainsi à réduire les risques technologiques de son projet marocain en s’appuyant sur un outil industriel existant, avant de passer à la phase de construction de sa future usine.




