L’Office national des chemins de fer (ONCF) prépare un changement d’échelle de son activité. À l’horizon 2030, l’opérateur ferroviaire marocain vise près de 100 millions de voyageurs par an et un chiffre d’affaires de 10 milliards de dirhams. Cette ambition repose sur un vaste programme d’investissement destiné à moderniser le réseau, augmenter sa capacité et accompagner la croissance des déplacements au Maroc.
Présentées dans le rapport sur les établissements et entreprises publics accompagnant le projet de loi de finances 2027, ces projections s’inscrivent dans une transformation profonde du transport ferroviaire national. L’ONCF prévoit également une marge opérationnelle supérieure à 5 milliards de dirhams à la fin de la décennie.
Pour atteindre ces objectifs, l’établissement prévoit de mobiliser 96 milliards de dirhams d’ici 2030. Le principal chantier concerne le prolongement de la ligne à grande vitesse entre Kénitra et Marrakech, avec une enveloppe de 53 milliards de dirhams dédiée à la LGV et aux infrastructures associées.
Cette nouvelle liaison, longue d’environ 430 kilomètres, doit renforcer les connexions entre plusieurs grands pôles économiques du Royaume. Lancés en avril 2025, les travaux s’inscrivent dans une stratégie visant à réduire les temps de parcours et à améliorer la capacité du réseau sur les axes les plus fréquentés.
Le renouvellement des trains constitue un autre volet majeur du programme. L’ONCF prévoit 29 milliards de dirhams pour acquérir 168 trains de nouvelle génération. La commande comprend 18 trains à grande vitesse, 40 trains Intervilles et 110 unités destinées aux réseaux express régionaux et aux trains navettes rapides.
Au-delà de l’amélioration du confort et de la fréquence des dessertes, ces acquisitions doivent accompagner la hausse attendue du nombre de passagers. Elles comportent également un enjeu industriel. Les marchés prévoient notamment le développement au Maroc d’une capacité de fabrication de trains destinés aux services régionaux, ainsi que le renforcement de l’écosystème ferroviaire national.
Casablanca occupe une place importante dans cette stratégie. Le programme lancé en septembre 2025 prévoit la création de la gare multimodale Casa-Sud, de nouvelles gares à l’aéroport Mohammed V et au futur Grand Stade Hassan II, ainsi que le renforcement de la desserte entre Mohammedia et Nouaceur.
Ces infrastructures doivent répondre aux besoins de mobilité d’une métropole en expansion, tout en améliorant les connexions entre les quartiers, les zones d’activité, l’aéroport et les grands équipements. Les projets ferroviaires prennent également une dimension particulière à l’approche des échéances internationales de 2030, qui placeront les transports marocains sous une attention accrue.
L’effort d’investissement ne se limite toutefois pas aux nouvelles lignes. Sur les 14 milliards de dirhams prévus pour préserver les performances du réseau et poursuivre son développement, 8 milliards seront consacrés notamment aux extensions de la LGV et aux infrastructures du réseau express régional. Les 6 milliards restants serviront à maintenir et à préserver le réseau existant.
L’ampleur du programme intervient alors que les résultats financiers de l’ONCF restent sous pression. À fin juin 2026, le chiffre d’affaires a atteint près de 2,48 milliards de dirhams, en hausse de 2 % sur un an. Le résultat net affiche néanmoins un déficit de 716 millions de dirhams, tandis que les dépenses d’investissement ont dépassé 4,83 milliards de dirhams.
Pour l’ensemble de 2026, l’Office table sur un chiffre d’affaires supérieur à 5,27 milliards de dirhams et un résultat d’exploitation positif de 216 millions. Le résultat net devrait cependant rester déficitaire, à hauteur de 652 millions de dirhams. Les investissements annuels sont estimés à 18,2 milliards de dirhams.
Les prévisions financières anticipent ensuite une progression du chiffre d’affaires à 6,05 milliards de dirhams en 2027, 6,56 milliards en 2028 et 7,04 milliards en 2029. Les investissements programmés pour 2027 dépassent déjà 29 milliards de dirhams.
La montée en puissance du réseau ferroviaire marocain dépendra ainsi de plusieurs facteurs : la livraison des nouveaux trains, l’avancement des grands chantiers, la qualité du service et la capacité à attirer davantage de voyageurs. L’enjeu sera également de transformer ces investissements considérables en recettes durables, tout en assurant la maintenance des infrastructures existantes.




