Le Maroc renforce progressivement sa présence dans les supermarchés canadiens, porté par la réorganisation des chaînes d’approvisionnement provoquée par les tensions commerciales entre le Canada et les États-Unis.
Les distributeurs canadiens cherchent depuis plusieurs mois à diversifier leurs sources d’approvisionnement. Cette stratégie profite notamment aux producteurs marocains, dont les fruits et légumes trouvent de nouveaux débouchés sur un marché jusque-là fortement dominé par les fournisseurs américains.
Les chiffres illustrent cette évolution. En juillet 2023, les États-Unis représentaient 69 % des importations canadiennes de légumes. Trois ans plus tard, cette proportion est descendue à 62,6 %, selon les données gouvernementales citées par Reuters. Washington reste donc largement en tête, mais son poids dans l’approvisionnement canadien s’est réduit.
Le mouvement ne se limite pas à une simple réaction ponctuelle aux tensions politiques. Une fois de nouveaux fournisseurs intégrés aux circuits de distribution, les enseignes disposent de davantage d’options pour sécuriser leurs approvisionnements et limiter leur exposition à un seul marché.
Le Maroc avait déjà bénéficié de cette première phase de diversification. Des poivrons marocains avaient notamment été sélectionnés par des distributeurs canadiens pour remplacer une partie des produits américains. D’autres origines, comme l’Afrique du Sud, l’Espagne, le Brésil et le Honduras, ont également gagné du terrain.
Cette évolution est aussi liée aux attentes des consommateurs. Au Canada, l’origine des aliments est devenue un élément davantage scruté dans les rayons, certains clients demandant aux enseignes de privilégier les produits locaux ou provenant de pays autres que les États-Unis.
Pour les exportateurs marocains, l’intérêt du marché canadien tient notamment à sa dépendance structurelle aux importations durant les périodes où la production locale ne suffit pas. Le climat canadien limite en effet la capacité du pays à produire toute l’année, obligeant les distributeurs à s’appuyer sur les serres, les stocks et les importations étrangères pendant l’hiver.
Ottawa cherche parallèlement à renforcer sa production nationale. Le gouvernement prévoit environ trois milliards de dollars canadiens d’investissements sur dix ans dans les serres et les fermes verticales, avec l’objectif d’augmenter l’offre intérieure tout au long de l’année et de contribuer à contenir les prix alimentaires.
Pour le Maroc, cette transformation représente donc une opportunité à moyen terme. Il ne s’agit pas de prendre la place des fournisseurs américains, qui demeurent largement dominants, mais de consolider une position dans un marché canadien désormais plus ouvert à la diversification.
La capacité des exportateurs marocains à garantir régularité, qualité et continuité des livraisons pourrait ainsi devenir un facteur déterminant pour transformer cette ouverture ponctuelle en présence durable dans les rayons canadiens.




