Le ralentissement de l’inflation ne suffit pas à améliorer le moral économique des ménages québécois. Une nouvelle analyse de l’Institut du Québec montre que le sentiment de perte de pouvoir d’achat reste profondément ancré, alimenté à la fois par la hausse réelle des dépenses essentielles et par une perception plus pessimiste de l’évolution des prix et des revenus.
Depuis 2023, l’inflation perçue par les consommateurs demeure supérieure à celle mesurée par les statistiques officielles. Les ménages continuent notamment de garder en mémoire les fortes augmentations enregistrées après la pandémie, tandis que les prix des produits achetés régulièrement, comme l’alimentation et l’essence, pèsent davantage dans leur perception.
Surtout, le ralentissement de l’inflation ne signifie pas un retour aux prix d’avant la crise. Entre janvier 2022 et juillet 2026, le niveau général des prix a progressé de 18 %. Certaines dépenses essentielles ont connu des hausses encore plus importantes, avec une augmentation de 27 % pour le logement et de 24 % pour les aliments.
L’impact n’est toutefois pas identique selon le niveau de revenu. Les ménages les moins aisés ont davantage subi la progression des dépenses liées au logement et à l’alimentation, qui occupent une place importante dans leur budget. Les ménages plus riches ont, eux, été davantage exposés à la hausse des coûts de transport.
Un autre phénomène contribue au sentiment de déclassement : les travailleurs sous-estiment la progression de leurs revenus. Alors que les salaires ont augmenté de 5,1 % au deuxième trimestre 2026, les salariés estimaient en moyenne que leur rémunération n’avait progressé que de 2,6 %.
Cette différence entre perception des prix et perception des revenus accentue mécaniquement l’impression d’une érosion du pouvoir d’achat.
Les données sur le revenu disponible réel révèlent par ailleurs une situation très contrastée. Entre 2019 et 2025, celui-ci a progressé de 8 % au Québec. Mais entre 2022 et 2025, les 40 % des ménages les moins riches ont enregistré une baisse de leur revenu disponible réel, tandis que les 40 % suivants ont connu une situation globalement stable. La progression s’est concentrée chez les 20 % les plus aisés.
La comparaison avec 2022 doit également être nuancée. Cette année-là, plusieurs dispositifs publics exceptionnels avaient fortement soutenu les revenus des ménages. Les trois principales mesures représentaient 7,1 milliards de dollars et avaient permis d’augmenter le revenu disponible de 1,3 % à 5,6 % selon les catégories de ménages.
Leur disparition contribue donc à expliquer une partie de la dégradation observée depuis.
L’Institut du Québec estime ainsi que les politiques publiques devront davantage cibler les ménages dont la situation financière s’est réellement détériorée. Les aides généralisées peuvent produire un effet limité sur le sentiment économique tout en représentant un coût budgétaire important.
En 2026, trois mesures totalisant 1,4 milliard de dollars n’ont ainsi augmenté le revenu disponible que de 1,8 % au maximum. Pour obtenir un impact durable, l’enjeu dépasse donc les aides ponctuelles : il s’agit aussi d’agir sur le coût des biens et services essentiels et d’accroître leur accessibilité.




