Le groupe OCP a dû adapter ses approvisionnements en matières premières au premier semestre 2026. Face au ralentissement des livraisons en provenance des Émirats arabes unis, le Maroc s’est tourné vers de nouveaux fournisseurs, notamment la Russie, la Géorgie, les États-Unis et le Canada. Cette réorganisation illustre les enjeux de sécurisation des chaînes d’approvisionnement pour l’industrie nationale des engrais.
Selon une étude publiée le 26 octobre par Kpler, société spécialisée dans l’analyse des flux maritimes de matières premières, deux cargaisons de soufre expédiées depuis le port russe d’Oust-Louga sont attendues à Jorf Lasfar. Ce site constitue un centre stratégique pour les activités industrielles de l’OCP.
Le soufre représente une matière première essentielle pour la fabrication de l’acide sulfurique. Celui-ci intervient dans la production de l’acide phosphorique, indispensable à la fabrication de nombreux engrais phosphatés. Toute perturbation de son approvisionnement peut donc affecter les coûts, les choix de production et les performances industrielles du secteur.
Les difficultés rencontrées au printemps ont été particulièrement marquées. Entre mai et juin 2026, les expéditions de soufre depuis les Émirats arabes unis, un fournisseur important du Maroc, ont quasiment cessé. Les perturbations du trafic maritime dans le golfe Persique et le détroit d’Ormuz ont contribué à cette situation.
D’après Kpler, les volumes de soufre transitant par le détroit d’Ormuz entre mars et septembre n’ont représenté qu’environ 55 % du rythme enregistré avant le conflit régional. La moyenne mobile sur trois mois des exportations acheminées par cette voie est passée de 1,35 million de tonnes en février à 541.000 tonnes lors des observations ultérieures. Cette contraction de l’offre a également entraîné une hausse d’environ 75 % des prix du soufre.
Pour limiter les conséquences de ces tensions, l’OCP a combiné plusieurs leviers. Le groupe a notamment avancé certaines opérations de maintenance au deuxième trimestre et ajusté son portefeuille de produits. Il a augmenté la part du triple superphosphate, un engrais dont la fabrication nécessite moins de soufre que celle d’autres produits phosphatés.
Cette flexibilité industrielle a contribué au rétablissement du rythme de production habituel à la fin du mois de juin, après une baisse estimée à environ 30 % au deuxième trimestre. Le recours temporaire aux stocks a également permis d’amortir les perturbations des livraisons.
La diversification des sources d’approvisionnement a ainsi joué un rôle déterminant. Les cargaisons provenant de Russie, de Géorgie, des États-Unis et du Canada ont partiellement compensé le recul des volumes émiratis. Le retour des expéditions en provenance des Émirats arabes unis en juillet a ensuite contribué à améliorer la situation.
La piste russe reste toutefois soumise à des contraintes réglementaires. Moscou a instauré des restrictions sur certaines exportations de soufre pour la période allant du 1er juillet au 31 décembre 2026. Une exception adoptée en août autorise, sous conditions, l’exportation d’un maximum de 300.000 tonnes de soufre technique de qualité inférieure.
Malgré les tensions sur les matières premières, les exportations marocaines d’engrais phosphatés par voie maritime ont rebondi après leur recul de mai, avec des niveaux soutenus en juin et en septembre, selon Kpler. Cette évolution montre que les perturbations des approvisionnements ne se traduisent pas nécessairement par une baisse proportionnelle des volumes exportés.
Pour l’industrie phosphatière marocaine, l’enjeu dépasse donc la recherche de fournisseurs alternatifs. La capacité à mobiliser des stocks, à modifier les formulations produites et à diversifier les routes maritimes constitue un levier de résilience face à la volatilité des marchés internationaux. La hausse des prix du soufre demeure néanmoins un facteur de pression sur les coûts industriels et sur l’équilibre économique de la production d’engrais.




